Un tribunal judiciaire vient de suspendre un projet de réorganisation et licenciement économique à la demande d’un CSE au motif que l’employeur n’a pas pris des mesures suffisantes pour protéger la santé et la sécurité des salariés. Des risques avaient en effet été identifiés notamment dans un rapport d’expertise commandé par le CSE.
Cette affaire est particulièrement intéressante car dès le début le CSE a utilisé les moyens d’action mis à sa disposition. D’abord au début du déploiement de l’IA dans l’entreprise. Le CSE a ainsi obtenu en justice la suspension du déploiement de l’IA tant qu’il n’avait pas été consulté. Sur ce sujet voir notre article Intelligence artificielle : tout savoir sur l’information-consultation du CSE
Acte 2 : le CSE a été informé et consulté sur l’introduction de l’IA et a alors réalisé une première expertise pour introduction de nouvelles technologies.
Acte 3 : 6 mois après le CSE est de nouveau consulté sur un projet de réorganisation et petit licenciement économique collectif. Il a voté une expertise pour projet important.
Le CSE est alors allé en justice en référé pour faire suspendre le processus d'information/consultation au motif que les deux projets présentés par la société comportent des risques pour la santé et la sécurité des salariés. Son objectif : faire reconnaître un trouble manifestement illicite au motif que l’entreprise est défaillante dans son évaluation des risques et dans son obligation de sécurité. Le CSE considère que la gravité du risque encouru par les salariés a été identifiée par le rapport de l'expert et que la société n'a pas mis en œuvre les mesures de prévention suffisantes pour pallier ce risque.
Notamment :
De son côté, l’employeur fait valoir qu’il a respecté son obligation d'évaluation et de prévention des risques et que son analyse des incidences du projet de réorganisation a été exhaustive.
Ici, le tribunal judiciaire commence par rappeler que le CSE qui invoque l'existence d'un trouble manifestement illicite résultant du non-respect par la société de son obligation de sécurité doit établir :
Or en l’espèce, le tribunal judiciaire relève que la société s’est basée uniquement sur une expérimentation de l'outil d'IA générative mais sans aucune participation des salariés concernés, ni réalisation en situation réelle pour évaluer l’impact sur le travail.
Cette évaluation est justement contestée par l'expert désigné à la demande du CSE…
Dans ces conditions, la mise en oeuvre des projets paraît représenter un risque grave et caractérisé sur la santé physique et mentale de plusieurs catégories de salariés.
En outre, la société ne justifie pas de la mise en œuvre des dispositifs de prévention du risque lié à l'introduction de la nouvelle technologie d'IA générative alors que dans le DUERP qu'elle produit elle identifie des risques en lien avec l'introduction de l'IA (stress lié à l'insécurité de l'emploi liée à l'intelligence artificielle, changements organisationnels liés à l'introduction de l'intelligence artificielle, absence de repères liés à l'utilisation de l'IA et manque d'acculturation).
Conclusion : il est fait droit à la demande de suspension du projet de réorganisation et du projet de licenciement collectif jusqu'à ce qu'il soit procédé à la réalisation des tests en situation réelle et que soit le cas échéant réévaluée l'incidence du projet.
Votre entreprise est en cours de déploiement de l’IA ? Une réorganisation est à craindre ? Qiiro dispose d’une équipe d’experts pour accompagner votre CSE sur ce sujet notamment dans le cadre des expertises.
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