Le salarié visé par une enquête interne peut-il demander à avoir accès au dossier et à être confronté à ses collègues qui le mettent en cause ? La Cour de cassation vient de répondre.
Lorsque l’employeur reçoit un signalement de harcèlement ou de discrimination qui nécessite des investigations complémentaires, une enqûete interne peut être menée.
Elle est d'ailleurs obligatoire si le CSE a exercé son droit d’alerte en cas d’atteinte aux droits des personnes (C. trav., art. L. 2312-59). Voir notre article Harcèlement moral et sexuel : une enquête interne pas toujours nécessaire !
Concernant le déroulé de l’enqûete, le Défenseur des droits nous avait donné certaines précisions :
Une décision de la Cour de cassation vient d’être rendue dans la même lignée.
Dans cette affaire, un salarié estimait que ses droits à la défense avaient été violés car :
Mais la Cour de cassation considère que le respect des droits de la défense et du principe de la contradiction n'impose pas que, dans le cadre d'une enquête interne destinée à vérifier la véracité des agissements dénoncés par d'autres salariés, le salarié :
La raison : la décision que l'employeur peut être amené à prendre ultérieurement ou les éléments dont il dispose pour la fonder peuvent, le cas échéant, être ultérieurement discutés devant les juges.
En outre, ici le salarié avait été informé de l'enquête interne menée et de la nature des agissements reprochés et avait pu s'expliquer sur les faits qui lui étaient reprochés, notamment lors de cette enquête. Le rapport d'enquête n'avait donc pas été établi à l'insu du salarié ni obtenu par une manoeuvre ou un stratagème. Il était parfaitement recevable.
Bon à savoir : Une autre affaire récente nous a précisé que les salariés impliqués dans une enquête interne ont bien un droit d’accès à leurs données personnelles et un droit d'opposition. Voir notre article Enquête interne et RGPD : les salariés concernés conservent le droit d’accès à leurs données personnelles https://www.qiiro.eu/actualites-cse/enquete-interne-rgpd-acces-donnees-personnelles
A noter que dans cette affaire, il y avait un code de conduite au sein de l’entreprise qui prévoyait que la personne faisant l'objet d'une alerte est informée, dès réception d'un rapport d'alerte la concernant, :
Mais les juges ont considéré que ce texte n'exige pas que soient détaillés de façon précise, chacun des faits relatés par l'auteur de l'alerte, ni que l'identité des victimes soit transmise au salarié visé par l'alerte.
Les juge sont aussi précisé que ce code, qui encadre la procédure d'alerte envisagée comme un traitement de données à caractère personnel, n'institue pas une procédure disciplinaire. Les éventuelles irrégularités commises dans le traitement de l'alerte ne sauraient donc constituer la violation d'une garantie de fond rendant illicite le licenciement.
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