Dans le cadre de la consultation sur la situation économique et financière, le CSE peut faire appel à un expert-comptable. Ce dernier peut obtenir des documents de l’employeur pour accomplir sa mission mais il existe des limites. Illustration avec plusieurs décisions dont la dernière date de mars 2026.
La consultation sur la situation économique et financière fait partie des 3 grandes consultations récurrentes du CSE à partir de 50 salariés. Elle a lieu chaque année. Un accord d’entreprise peut toutefois modifier la périodicité (dans la limite de 3 ans), et le contenu de cette consultation.
A défaut d’accord, le CSE doit se voir mettre à disposition dans la BDESE (base de données économiques, sociales et environnementale) notamment :
Si la situation économique de l’entreprise devient préoccupante, le CSE peut, sous certaines conditions, déclencher un droit d’alerte.
Pour l’aider à analyser ces documents avant de rendre un avis, le CSE peut décider de recourir à un expert-comptable (C. trav., art. L.2315-88).
L'employeur fournit à l'expert les informations nécessaires à l'exercice de sa mission. La mission de l'expert-comptable porte sur tous les éléments d'ordre économique, financier, social ou environnemental nécessaires à la compréhension des comptes et à l'appréciation de la situation de l'entreprise (C. trav., art. L. 2315-89).
C’est l’employeur qui prend en charge la note de l’expert-comptable à 100 %, pas le CSE pour cette consultation. Cela lui accorde le droit de contester en justice la nécessité de l’expertise mais aussi le choix de l’expert, le coût prévisionnel, l’étendue ou encore la durée de l’expertise pour faire baisser la note.
Illustration vient de nous être donnée d’une contestation sur l’étendue de la mission.
En l’espèce, l'employeur jugeait la mission de l’expert trop large pour la compréhension des comptes et l'appréciation de la situation de l'entreprise.
La mission en question portait sur la soutenabilité de la rémunération actuelle et passée des salariés" ou "la rentabilité et les marges de manoeuvre de négociation pour les salariés”.
Le tribunal judiciaire avait rejeté le recours de l’employeur estimant que ces éléments, liés à l'analyse de la charge représentée par la masse salariale, sont en rapport avec la situation économique et financière de l'entreprise.
Mais la Cour de cassation rappelle qu’il faut démontrer que ces éléments sont nécessaires à la compréhension des comptes et à l'appréciation de la situation de l'entreprise. L’affaire sera donc rejugée.
Dans une autre affaire de décembre 2025, la Cour de cassation a précisé qu’il appartient au seul expert-comptable, qui a accès aux mêmes documents que le commissaire aux comptes, d'apprécier les documents utiles à sa mission. Mais en cas de litige, c’est le juge qui appréciera la nécessité des documents réclamés au regard de la mission de l'expert.
Ici la mission consistait à apporter les éléments de compréhension de la situation économique et financière de l'entreprise, y compris au sein du groupe auquel elle appartient, et non à réaliser un audit des contrats, opérations comptables et stratégies adoptées ; les juges ont donc rejeté la demande de communication des contrats conclus par des sociétés du groupe.
Enfin, dans une affaire rendue en mars 2026, la Cour de cassation a rappelé, s’agissant d’une demande concernant des documents établis au niveau du groupe, qu’il fallait vérifier si elle n’excédait pas le périmètre de la mission consistant à apporter les éléments de compréhension de la situation économique et financière de l'UES. Il s'agissait en l'espèce d’une expertise sur la situation économique et financière de l’UES. L’employeur a contesté le périmètre et demandé à réduire l’expertise à 10 jours.
La question s’est posée des documents que pouvait demander l’expert. A propos d’éléments de reporting sur le groupe. L’expert sollicitait ces éléments en faisant valoir qu’ils étaient nécessaires à la correcte appréciation de la situation économique et financière de l'UES, pour déterminer sa place dans le groupe. Il faisait aussi valoir que bien qu’il avait déjà eu certains de ces éléments dans le cadre d'une expertise réalisée au bénéfice du comité de groupe, il avait interdiction de se prévaloir de documents obtenus dans le cadre d'une autre mission d’où sa nouvelle demande.
La cour d’appel lui avait donné raison estimant que l'expert désigné doit pouvoir étudier la situation et le rôle occupé par l’UES au sein du groupe, que sa mission ne saurait être circonscrite au seul périmètre de l'UES.
Mais la Cour de cassation nuance. Il fallait regarder ici si la demande ne relevait pas de l'analyse de la situation économique et financière du groupe au niveau mondial, et de l'analyse de la politique sociale de l'UES. Autrement dit, si elle n’excédait pas le périmètre de la mission consistant à apporter les éléments de compréhension de la situation économique et financière de l'UES. L’affaire sera donc rejugée…
Un autre point important est abordé dans cette décision : l'expertise ne peut porter que sur l'année qui fait l'objet de la consultation et les 2 années précédentes ainsi que sur les éléments d'information relatifs à ces années. Il faut en effet s’aligner sur la BDESE qui ne remonte que jusqu’à 2 ans en arrière en l’absence d’accord (C. trav., art. R. 2312-10).
En l’espèce, l’expert demandait la communication d'informations portant sur une période antérieure de 3 à 5 ans à la consultation du CSE. Mais c’est une erreur de lui communiquer pour la Cour de cassation.
Des questions sur les consultations récurrentes du CSE ? Qiiro peut vous apporter des renseignements.
Les informations contenues sur ce site web sont fournies à titre informatif et ne constituent en aucun cas un avis juridique. Elles sont basées sur l'état actuel du droit et des pratiques en vigueur.
Ces informations ne sauraient être interprétées comme une consultation ou un conseil juridique. Seuls les professionnels du droit habilités à exercer peuvent fournir de tels services.
L'éditeur de ce site web ne saurait être tenu responsable de l'utilisation qui pourrait être faite des informations présentes. Il est fortement recommandé de consulter un avocat pour toute question juridique spécifique ou pour obtenir un conseil adapté à votre situation personnelle.